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TIMO "TKY" KRANZ INTERVIEW

Si aujourd'hui le Fingerboard est bien installé et compte à travers le monde un nombre grandissant de fidèles pratiquants, ça n'a pas toujours été le cas. Cette stabilité qu'on connait actuellement, est dû en grande partie à une poignée d'activistes et d'entrepreneurs qui ont œuvré avec passion en accompagnant la discipline dans son évolution, dans les hauts comme dans les bas. Et les bas... il y en a eu !


Notre invité du jour fait partie de ces quelques militants ! C'est l'un des acteurs les plus actif et respecté de la scène mondiale : champion du monde en 2009, créateur du ASI BERLIN SHOP : entrevue avec Timo "TKY" Kranz !



Fingerboardz : Salut Timo ! Merci de prendre le temps de répondre à cette ITW, c'est une bonne occasion pour moi d'évoquer ton parcours et parler de l'histoire du FB. Puisque les deux sont étroitement liés ! Avant de passer aux choses sérieuses, est-ce que tu peux rapidement te présenter ?


Timo "TKY" Kranz : Salut ! Je m'appelle Timo Kranz, alias TKY. Je viens d'une petite ville du centre de l'Allemagne et je suis un skater qui s'est finalement mis au fingerboard. J'ai commencé ASI Berlin il y a longtemps et je dirige maintenant le ASI Berlin Shop à Berlin.


FBZ : On va y revenir plus tard mais, avant la team ASI, avant d'avoir été Champion du Monde 2009 et de créer le paradis sur terre (aka ASI Berlin Shop)... Il y a bien un moment où tu as débuté, non ?

TKY : Oui, comme tout le monde je suppose. Pour moi, c'est le skateboard qui, à la fin des années 80, a été le déclique vers le fingerboard. J'ai toujours eu ces mini skateboards en porte-clés. On les trouvait dans les bons skateshop. Mais je ne savais pas comment les utiliser correctement, comme nous le faisons maintenant. A l'époque, je n'étais pas au courant des techniques, mais je construisais déjà des rampes à l'échelle Fb. Et puis je suppose que ça compliquait un peu les choses de venir d'un super petit village agricole avec quasi-pas de connexion, à l'ère pré-internet. Mais je suis heureux d'être originaire de cette région. Et même là-bas le skateboard était tout ce à quoi, mes potes et moi-même, pensions et rêvions.


FBZ : Tu peux nous raconter un peu ? Il me semble que tout a commencé après une belle blessure en skateboard il y a 20 ans, j'ai bon ?

TKY : Oui, malheureusement. J'ai subi quelques mauvaises opérations du genou à la fin des années 90, au moment où les premières Tech Decks sont apparues sur le marché. A l'époque j'étais pas vraiment conscient qu'on pouvait les utiliser avec d'autres techniques que la mienne. Moi j'utilisais mes deux mains pour reproduire des tricks que je voyais dans des vidéos de skate et que je voulais éventuellement améliorer à ma sauce. Jusqu'à ce qu'un gars d'un skateshop m'explique par téléphone comment faire des Ollie avec ces petits skateboards.


Je crois que c'était juste avant que je retourne à l'hôpital pour une autre opération du genou. J'ai pris une Tech Deck avec moi et je m'entraînais, allongé dans mon lit, à sauter par-dessus mon corps d'un côté à l'autre sans utiliser mon autre main ou mon pouce comme je le faisais avant. Et il y a eu ce moment incroyable que nous connaissons tous, quand j'ai capté que l'on pouvait faire des ollie legit et d'autres tricks sans cette "main aidante" ! À partir de là, j'ai été accro.



“Tout ce qui s'est passé avec le Fingerboard a été le meilleur moyen de réaliser mon plus grand rêve.”





FBZ : Tiens d'ailleurs petite question classique : c'était quoi ta toute première board ?

TKY : Mon premier vrai skateboard a été un Blockhead Jim Gray avec le design TV, mais j'ai eu quelques complètes de super-marché avant ça. Pour les fingerboards, j'ai longtemps eu une Tech Deck Flip, pro-model Geoff Rowley, jusqu'à ce qu'elle soit complètement défoncée. Avant TD, c'était des planches en plastique épais avec des roues en métal et des graphiques Zorlac la plupart du temps.


FBZ : Le contexte de l'époque était particulier, juste après la première vague de TechDeck (fin 90's début 2000) la hype est retombée un peu partout... sauf en Allemagne ! Timo Lieben, Martin Ehrenberger, Martin Winkler et pleins d'autres, ont mis les bouchées doubles pour créer et produire du matos, en organisant des events et en repoussant les limites de la discipline. Tout ces efforts et cette passion ont fait de l'Allemagne la capitale mondiale du Fingerboarding. Tu gardes quels souvenirs de tout ça ? Quels ont été les événements marquants pour toi, dans ton parcours dans cette première partie des années 2000 ?

TKY : C'est sans aucun doute l'une des meilleures période de ma vie. Je venais d'emménager à Berlin et mon plus grand rêve était de faire du skateboard, mais je savais que je n'arriverais jamais à devenir pro, et tout ce qui s'est passé avec le Fingerboard a été le meilleur moyen de réaliser mon plus grand rêve. Je veux dire : on a fait le tour du monde, on a eu des moments incroyables et on a rencontré les meilleures, tout ça grâce au fingerboard.


La meilleure partie de cette période a été de travailler chez Titus Berlin, le plus grand magasin de skate allemand, de lancer Asi Berlin et de devenir super pote avec Timo Lieben. J'ai aussi fait des tournées en Allemagne avec de grands skateurs et fingerboarders, et j'ai été payé pour ça ! Travailler pour Tech Deck avec Dimitri (Schotthauer) a été une expérience exceptionnelle, tout comme l'organisation des plus grands events fingerboard, comme la Battle At The Harrics, qui était tout simplement incroyable.



FBZ : Les prochaines questions sont pour le champion du Monde ! Tu as plus de 20 ans de ride derrière toi, tu as fait évoluer la discipline avec des tas de tricks et tu continues d'exploser le game régulièrement avec tes moves en provenance de l'espace.

TKY : Merci mec, j'apprécie vraiment !


FBZ : On voit que tu y prends toujours autant de plaisir ! Comment tu gardes cette motivation sur la durée ? Ta pratique a évolué sur le temps ?

TKY : Je pense que ce qui me motive, c'est qu'il y a encore beaucoup d'autres tricks que j'aimerais apprendre. Mon approche a toujours été, et est toujours, de faire en sorte que ça ressemble à du skateboard. Et plus c'est précis avec les doigts, mieux c'est. Et il y a encore beaucoup à faire pour s'améliorer dans ce domaine. Mais malheureusement, en ce moment je travail plus autour du Fb que je ne le pratique.



FBZ : J'imagine qu'au fil des ans tu as coché un par un tous les objectifs techniques que tu t'étais fixé. Après tout ce temps tu trouves encore de nouvelles choses à faire ?

TKY : Je ne suis probablement pas connu pour être le plus technique des fingerskater, alors oui, comme je l'ai déjà dit, je pourrais en apprendre beaucoup plus si je le voulais, et c'est toujours un sentiment incroyable et exceptionnel de cocher et valider un nouveau tricks de ma bucket-list.


FBZ : Entre toi et moi, promis je le répèterais a personne... non je déconne je vais le dire a tout le monde : tu as une bête noire ? Un tricks avec lequel tu as du mal ?

TKY : Il te suffit de demander aux gars du shop. Ils savent tous que mon Nollie ou mon Switch Game ne sont plus ce qu'ils étaient et j'aimerais bien apprendre à faire un No-Comply plus pro.


FBZ : En 2010 tu as donné vie a un vrai fantasme : ASI Berlin Shop. Aujourd'hui ton skateshop est la référence mondiale dans le domaine et les gens viennent des quatre coins du monde pour le visiter et te rencontrer. Tu avais cette envie depuis longtemps avant sa création ? Comment c'est passé l'ouverture, le succès était directement au rendez-vous ?

TKY : Depuis 2003 je travaillais dans le commerce du skateboard à Berlin, j'avais donc un peu d'expérience dans ce domaine et à cette époque le Fbing était en train de naître. Je pense que j'ai été le premier à avoir l'idée d'ouvrir un concept store de fingerboard, je travaillais encore pour Titus à ce moment là.


Quelques années plus tard, après avoir travaillé pour des skateshop ou des entreprises à Berlin, j'ai atteint un point dans ma vie où je devais prendre la décision d'essayer quelque chose de nouveau ou de retomber dans mes anciens emplois. Et j'ai décidé d'essayer avec le fingerboard ! J'ai ouvert le magasin en coopération avec Blackriver Ramps et l'ouverture s'est très bien passée. C'était une sorte de moment magique à cette époque pour la scène d'avoir un magasin physique dédié au fingerboard.


“On transmet aux petits et on rencontre des gens du monde entier qui rêvent depuis des années de visiter cet endroit. C'est la grande récompense de ce travail.”

FBZ : Le fingerboard a connu des hauts et des bas en terme d'intérêt du grand public. Damien Bernadet nous en a parlé en expliquant que tout ça a parfois été difficile pour lui. Ca a aussi été le cas en Allemagne ?

TKY : Je dirais que nous avons eu le premier pic d'intérêt de 2001 à 2003, et à cette période il y avait plus de 15 skateshop en Allemagne qui hébergeaient des parcs de fingerboard. En 2003, nous avons eu des championnats allemands avec une tournée dans tout le pays. Mais peu de temps après, lorsque le fingerboard n'était plus aussi populaire, tous ces spots ont disparu rapidement. Mais une scène est née et s'est développée depuis. Nous avons atteint le pic suivant entre 2008 et 2010, lorsque nous avons ouvert le magasin, puis la popularité est retombée après ça.


FBZ : Tu penses que l'intérêt pour le fingersboard se stabilise au niveau mondial et que le phénomène va perdurer, peut-être même grossir à l'échelle mainstream ? Ou la hype va encore retomber comme au milieu des années 2010 ?

TKY : Je pense que nous avons dépassé ce stade et qu'aujourd'hui il ne disparaîtra jamais, même s'il peut connaitre encore quelques années d'impopularité. Mais la scène grandit et des compagnies s'établissent maintenant partout dans le monde. Ça fera boule de neige, la scène va continuer de se développer, et aussi être mieux acceptée/perçue en général.


FBZ : Bosser dans ton shop c'est pas le meilleur job du monde en fait ? Ça consiste à conseiller et à guider des kids, faire du fingerboard en se faisant des grillades sur le trottoir avec tes potes, c'est ça ? Plus sérieusement tu peux nous parler de ce qui s'y passe ? L'ambiance doit être trop cool, c'est un vrai lieu de rencontre FB Non ? Ça doit beaucoup encourager et aider les habitués de la boutique ! Sur le compte Instagram j'ai vu des kids de 8 ans avec un niveau de dingue dans ton shop.

TKY : Ce shop a connu beaucoup de hauts et de bas au cours de ses onze années d'existence et il y aurait trop d'histoires pour les raconter ici. C'est le taff de mes rêves, mais ce n'est pas facile non plus. Nous aurions vu se créer plus de magasins de Fb comme celui-là au cours des dernières années si c'était facile d'en vivre.


Mais oui, on transmet aux petits et on rencontre des gens du monde entier qui rêvent depuis des années de visiter cet endroit. C'est la grande récompense de ce travail, et bien sûr il y a aussi tous les bbq, les bières avec les potos qui viennent tous les jours.


Parce que l'endroit existe depuis près de douze ans maintenant, il héberge une communauté très solide ici à Berlin. Et je dirais que nous sommes peut-être la ville avec le plus de gens expérimentés au monde et avec les meilleurs fingerboarders actifs.


FBZ : La crise sanitaire a été compliquée pour le shop, aujourd'hui les choses ont l'air de s'arranger ? Vous avez complètement mis à jour votre gamme d'obstacles et de rampes, il y a d'autres beaux projets pour la suite ?

TKY : À cause des fermetures et des réglementations sur les voyages, nous avons dû nous concentrer sur notre site web et sur la vente en ligne. Nous y avons consacré beaucoup d'efforts et nous avons réussi, sinon nous aurions déjà fait faillite. Et oui, il y a toujours des "constructions" en cours, ou des problèmes à résoudre, nous fonctionnons toujours avec un très petit budget, donc ce n'est jamais easy.


En ce moment même, alors que je réponds à cette interview, je suis en train de recruter du personnel et je dois m'occuper de tout ça. Mais vous pouvez aussi être sûrs que nous essaierons toujours de vous surprendre avec de nouvelles choses ou avec de nouveaux events.


FBZ : Ton shop fait énormément pour les petits fabriquant (et pour les acheteurs pour la même occasion), tu distribues des marques du monde entier et c'est une vraie chance pour nous, Européens. En France actuellement le gouvernement vient de mettre en place une taxe importante sur les colis provenant de l'extérieur de l'Europe. Je prédis que bientôt tous les regards vont se tourner vers ton shop pour se fournir en matos américains par exemple. On peut s'attendre à voir ton catalogue continuer de grossir ?

TKY : Merci, ça fait plaisir. Oh oui, bien sûr, nous essaierons toujours d'élargir notre gamme de produits avec de nouveaux trucs cool, quelle que soit la notoriété de tel ou tel marque. Nous allons faire aussi des nouvelles collabs surprenantes. Mais nous aimons aussi étendre notre gamme avec nos propres produits, comme toutes nos rampes, rails ou boards, sans oublié notre ligne de vêtements. Par contre malheureusement, certains produits sont trop difficiles à obtenir ou trop chers après les frais d'expédition et les taxes, donc ça ne vaut parfois pas la coup.


FBZ : On va terminer avec une question plus personnelle. Quand tu n'es pas en train de bosser au shop ou de faire du fingerboard tu fais quoi de beau dans la vie ? Tu as d'autres passions ?

TKY : Je n'ai rien d'autre pour gagner de l'argent, mais j'ai vraiment pleins d'autres passions. Ma famille, mes enfants et un grand amour pour la nature, où j'aime beaucoup faire du vélo. J'aimerais avoir moins de responsabilités, un jour quand la boutique sera plus stabilisée, pour avoir plus de temps pour me concentrer sur le marketing. Ou plus de temps libre pour voyager et rendre visite à de vieux amis et découvrir d'autres scènes dans le monde.


FBZ : Merci beaucoup d'avoir pris le temps de répondre à ces questions Timo ! C'est une honneur d'avoir pu échanger avec toi. Je te laisse finir le boulot, le dernier mot est pour toi !

TKY : Merci beaucoup de m'avoir choisie pour cette interview. C'était agréable de répondre à ces questions. J'ai toujours eu une bonne relation avec la France et nous avons beaucoup de clients français fidèles, je tiens à leur dire Merci et Salut. J'espère vous rencontrer tous un jour à Berlin.


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@timo_tky_kranz @ramon_angelow @gene_senges



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