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CLOSE UP INTERVIEW

On ne présente plus Close Up Fingerboards. La marque française a été la première au monde à proposer un set complet de miniature de skateboard en shop, à un prix accessible. Elle fait partie depuis 2007 des marques qui pèsent dans l'industrie et qui ont façonné le fingerboard au fil du temps. Elle est toujours restée fidèle au poste dans les hauts comme dans les bas.


À l'échelle mondiale, seulement quelques fabricants peuvent se targuer de vivre du fingerboard depuis aussi longtemps. Et en France, il est tout simplement le seul.


Damien Bernadet est un businessman autodidacte et visionnaire, véritable pionnier qui a marché dans les traces, à l'époque encore fraiches, de Lance Mountain. C'était il y a plus de 25 ans. Entretien exclusif avec l'un des parrains de la petite planche à roulettes @closeup_bebar !



Fingerboardz : Salut Damien ! Ça fait super plaisir de faire cette ITW. On n'aura pas de meilleure occasion de parler de l'histoire du Fingerboard qu'avec toi ! On peut dire, je pense, que Close-Up a été l'aboutissement d'un long activisme de ta part, qui trouve ses racines dans les origines de la discipline. La première vidéo qu'on te connaît c'est Fingerskate Embryo, pour les gens qui ne connaissent pas ton parcours peux-tu rappeler de quand ça date ?


Damien BERNADET : Alors, Fingerskate Embryo ! Je l'ai réintitulée comme ça, c'est notre petite vidéo de 1996, montée avec des images de 95/96, parce que c'est l'embryon. On est vraiment sur les prémices du fingerboard. On a fait ça avec mon pote Tony (Pauthex) de Dijon, qui est mon pote du skate depuis plus de 30 ans maintenant.


Fingerskate Embryo - 1996


FBZ : Mais attend, on a tous les deux à peu après le même âge et en 1995, pour les plus jeunes, je précise que Tech Deck n'existait pas encore ! D'où tu sortais ces fingerboards qu'on voit dans Embryo ? C'est de la fabrication maison ?

D.B : Ouais bah si tu veux on a décroché les porte-clés de skateboard qu'on avait pu trouver à droite, à gauche, pour commencer à déformer la planche. À remonter le nose et le tail quand c'était en plastique. Et shaper nos boards quand on avait du bois. Voilà, on a commencé comme ça à bidouiller nos propres planches. Pour les trucks on avait des cubes PVC qu'on perçait pour y mettre un axe de coton tige.


FBZ : Sérieux ? Des coton tiges ?

D.B : Ouais, attend avec Tony on avait mis au point une technique artisanale Dijonnaise. On faisait des roues en tube PVC qu'on avait coupé, comme ça on obtenait des roues avec un trou. On les mettait sur notre axe en coton tige, et figure-toi qu'en brûlant les extrémités ça dilatait le plastique et ça bloquait les roues. Donc ouais là on est sur de l'artisanat de mi-90. (NOTE: Ces boards sont visibles dans Fingerskate Embryo) Donc y a eu ça, jusqu'à en arriver aux trucks en domino d'électricien ! Ça, c'est un vieux skater d'Auxerre, Guillaume, qui m'avait montré le truc.



Faut savoir que des tailles de domino il y en a plusieurs et là, on avait trouvé le truc parfait pour nos planches. Du coup on avait des trucks à deux visses dans lesquelles on pouvait bloquer nos axes latéralement en vissant. Ça c'est les boards qu'on a utilisées dans la vidéo 411VM Fingers of Fury (rires). En tout cas, à partir de ce step on était bien grâce à Guillaume. C'était un skater hyper fort, c'est le premier mec à rentrer des switchs stance en 90/91 pour te dire. En Bourgogne c'était un des meilleurs skaters qui allait aux States. Lui il jouait déjà, il taquinait en Fb comme Lance Mountain si tu veux, et un jour il m'a montré ça. À l'époque il avait de toutes petites fingerboards en carte de téléphone, un peu comme tout le monde à l'époque. Mais ouais il m'a montré ça, et on est en 1994/95 je crois !


“Faut savoir que des tailles de domino il y en a plusieurs et là on avait trouvé le truc parfait pour nos planches ... c'est les boards qu'on a utilisées dans la vidéo 411VM Fingers of Fury”

FBZ : Donc on est à la moitié des 90's, avec Tony vous lâchez cette première vidéo et à l'époque vous pensez déjà à une marque de Fingerboard ! Ça s'appelait F.S.B c'est bien ça ?

D.B : Ouais avec cette vidéo on voulait monter une marque, mais le problème c'est qu'ont étaient trop jeunes, trop gamins. Trop inexpérimentés, pas de numérique, pas d'internet (rires). C'était chaud à l'époque ! T'imagines ! Triper worldwide quand tu es en 1995 (rires), c'est compliqué.


441VM Fingers of Fury - 1999



FBZ : C'est clair ! Après cette première vidéo il va se passer un truc carrément improbable, obligé d'en parler ! En 1998/99 tu vas justement finalement triper worldwide en faisant deux parts de fingerboard dans deux vidéo-skatemags absolument cultes : 411VM et Magic de Powell Peralta ! C'est quoi l'histoire derrière tout ça ?

D.B : En fait à la base je connaissais bien les gars de Tricks Skatemag, et donc Ali et John m'envoient dans un trade show à Los Angeles, où il y a toutes les restas et l'industrie du skate. Et là je me retrouve genre : "Salut Rodney Mullen", "Salut Pierre-André", "Salut George Powell" ! Carrément, direct ! Il y avait aussi Steve Caballero. Je te jure, je me retrouve comme ça a une table "Salut les gars". Et moi je suis venu là comme ça, avec une de mes fingerboards, et je viens leur parler de ça en leur disant "Regardez il y a un truc à faire, faut parler de ça, regardez ce qu'on fait avec nos doigts !".


Voilà, le mec de Dijon, devant George Powell en 98. Et les gars à ce moment-là me donnent une micro part dans la vidéo Magic Powell Peralta n°XVI. Du coup j'ai deux parts chez les Américains, et là-bas c'est resté, ça a assis le truc.


POWELL PERALTA MAGIC XVI - 1998



FBZ : On va faire un bond dans le temps. 2007, c'est le début de la commercialisation des fingerboards Close Up. Comment ça se passe ? Quel a été ton parcours entre-temps ?

D.B : En fait j'ai bossé dans un skateshop, Pacific Wear dans le 78, et le boss, Marc Beranger, m'avait bien formé. Ça m'a permis de tester un peu les clients, voir etc. J'ai vite rencontré un gars qui montait une marque dans le snowboard, une belle gamme de vestes techniques. Et il m'a mis commercial. J'ai fait 2/3 grosses tournées dans les régions où ça pouvait vendre du snow en France. Et là qu'est-ce que j'ai fait ? J'avais déjà mon idée, j'étais déjà allez en Chine, j'étais revenu avec mon étude de prix et de moules, j'avais tout. Et je suis parti en parallèle dans tous les skateshops faire signer un engagement. En leur disant "Si demain je te ramène ça, tu l'achètes à tel prix et tu le revends à tel prix ?".


Au retour de cette tournée je suis allé voir la banque, là j'ai fait un prêt et mes parents m'ont prêté un peu. Je suis allé trouver deux associés: 52.24.24, je gardais 52%. Un an après on a racheté les parts du troisième associé, et il y a huit ans, il y a eu un bon creux de vague et j'ai tout racheté.


Je t'avoue en 2013 en plein creux de la vague, j'ai failli un peu tout lâcher, je baissais les bras... Mais aux mois de juillet/aout j'avais des commandes de shop qui tombaient, qui tombaient ! Donc je pouvais pas arrêter, tu vois. Je pensais à une reconversion, dans un autre domaine. Mais face à la demande, je connais personne en France qui aurait arrêté ça. J'étais en avance sur le produit, son prix accessible, le coût, la marque, je pouvais pas arrêter. Et c'est gravement reparti ! Voilà ce qui s'est passé. Il y a eu 2/3 vagues (d'intérêt pour le Fb), mais faut gérer les creux, qui eux, peuvent être un peu plus long.


Aujourd'hui je me réjouis un petit peu que les creux de vagues soient moins long qu'avant. Que ça se démocratise vraiment. On verra l'impact du skate aux J.O, on verra, mais ça peut pas faire de mal au fingerboard.


“Aujourd'hui je me réjouis un petit peu que les creux de vagues soient moins long qu'avant. Que ça se démocratise vraiment. On verra l'impact du skate aux J.O, mais ça peut pas faire de mal au fingerboard.”

FBZ : On n'a pas encore parlé de ton tout premier voyage en Chine ! Il faut comprendre que début 2000, pour faire du business là-bas, il faut y aller en personne. Ce n'est pas le même délire que de passer une commande sur Aliexpress. Comment ça c'est passé ?

D.B : Je te résume: mon père avait l'ami d'un ami, d'un ami, qui fabriquait des vélos électriques. Je vais voir le gars, je lui montre mes prototypes. Il me dit "Ok, j'ai un contact sur place, tu y vas mais tu parles pas business. Tu vas juste voir sur le plan technique...". C'est là que je pars en juin 2005 en Chine, j'ai 28 ans tu vois et là, je tombe sur le gars, c'est dingue, mais c'est un ambassadeur de Raël en plus (rires). Je me dis "Oula là qu'est-ce qu'on va faire ?!" (rires) Un Français, si tu veux un peu chelou dans le style, mais implanté depuis 20 ans sur place. Un raëlien avec la croix et avec un vieux look de Renaud des années 80. Truc de ouf (rires).


Bref j'arrive dans le sable, au nord de la Chine par un bus à la limite de la ville, avec mon skate, mon sac à dos et des prototypes de Fb dedans, pour retrouver le gars. À l'ancienne. Donc je fais le truc, je vais à l'usine avec le raëlien, il me présente tout de suite son beau-père chinois. Et là je suis rassuré : lui il n'est pas raëlien (rires), c'est un Chinois tout à fait normal. Le mec il bosse sur d'autres trucs dans son usine, là je me fais "Tout va bien, c'est du sérieux !". Je suis à la bonne place, les mecs bossent. Donc on est parti là-dessus.


N'empêche pendant c'est 15 jours, de un : je vois Danny Way sauter la Muraille de Chine ! Et de deux je finis par tomber sur un micro-micro skateshop, tu te demandais comment le mec il avait fait ça, c'est dingue à l'époque le nord de la Chine ça ressemble plus à la Mongolie. Et là le gars il me dit "Mortel ! Tu dois être le deuxième étranger à passer par ici après Rodney Mullen il y a un mois" (rires) T'as capté, là je me dis "P'tain c'est bon je suis sur la bonne piste là, dans cette ville je vais faire des trucs !" (rires). Parce que tu vois le mec c'est pas qu'une légende du freestyle, c'est le boss de Globe ! C'est aussi un businessman. Et en fait ça m'a tué, alors je me suis dit "C'est la bonne ville, on y va !".


FBZ : Avant d'en arriver là et de te lancer, tu avais pris la température ? Au milieu des années 2000 la hype Tech Deck s'était finie !

D.B : Ouais par exemple en 2004 je prends ma Ford Fiesta avec un pote de Tricks Skatemag. Il prend sa caméra et je lui dis "Viens on va Lustenau en Autriche, il y a un conteste de finger". Et avant de monter Close Up, avant d'aller une première fois en Chine, je veux vérifier qu'il y a bien un phénomène qui va être européen, et mondial. Et donc je vais voir, tu te souviens, ça s'appelait Fingaspeak à l'époque. C'était Emil qui organisait le petit contest, et là il y avait Martin Ehrenberger (NOTE : le boss de Blackriver) qui était là avec une petite team. Il y avait Elias Assmuth qui était là aussi (rire)... Mais t'aurais vu le garage dans la petite ville d'Autriche en 2004 ... !


Et là bah j'arrive avec mon pote, et les voilà qu'ils m'annoncent au micro comme la légende de 411VM Fingers of Fury ! (rires) C'était énorme, ce petit contest dans une ville au fin fond de l'Autriche organisé par Emil ! Le mec il avait réussi à balancer des flyers jusqu'à Paris je sais pas comment.


Ça m'a boosté, mais ça a boosté aussi Martin pour Blackriver, de voir que le champion de Fingers Of Fury vienne jusqu'ici. On est là quoi, on sait qu'il y a un truc qui se passe. Les 30/40 gamins qui étaient là ce jour-là, bah c'était les mêmes dans le monde entier ! On sait que c'est bon, ils allaient être là. Et justement ce village c'était l'exemple parfait. C'était parfait pour nous prouver que : C'est bon ! On y va !


Close Up sur Gulli avec Damien Bernadet - 2021


FBZ : Les rares fois où on entend parler de Fingerboard dans les médias français c'est naturellement toi qui t'y colle. On t'a vu par exemple chez Antoine De Caunes, dans Trax Magazine sur Arte et plusieurs fois sur Gulli. On en est où tu crois du fingerboard avec le grand public ?

D.B : T'inquiètes, le grand public finira par s'y intéresser : "Ah mais attend-on fait des ollie-flip avec les doigts ?". C'est ce que je lui dis maintenant au grand public : c'est une discipline ! Le fingerboard c'est un peu le piano de la board-culture. C'est important qu'ils le perçoivent comme ça, parce que qu'ils fassent qu'un pauvre ollie ou qu'ils commencent à taquiner des switch-tre, c'est pas grave : ils savent qu'il y a une discipline qui est là pour des générations.


Close Up avec Antoine De Caunes sur Canal+ - 2018


FBZ : Tout à l'heure on parlait d'être worldwide, pour Close Up c'est une réalité maintenant ! Tu es distribué partout non ?

D.B : Ouais au Portugal Yellowood me distribue, Radical en Australie, aux États-Unis c'est Mike Schneider qui me distribue depuis 2008. Quand il m'en prend, c'est par 300 (exemplaires).


Pour l'anecdote: en 2007 je reçois des containers de 20 000 fingerboards dans les zips, la GEN1 que tu connais. D'ailleurs on peut le dire c'était, dans le monde, le premier kit complet de maquette miniature de skateboard en boutique. Et là Mike, il a 15 ans et il m'envoie 3000$ sur Paypal (rires) en me disant "Wow c'est mortel, je te prends ça !". À l'époque il bidouillait, il vendait du grip, des trucs comme ça. Au Japon il y a un mec aussi, c'est Sunabe Skateshop, je sais pas ce qu'ils font avec mes fingerskates, mais ils les commande en carton de 500.


“C'est ce que je lui dis maintenant au grand public : c'est une discipline ! Le fingerboard c'est un peu le piano de la board-culture.”

FBZ : Au Japon ? C'est Hooded Skateshop ?

D.B : Non, non. Hooded c'est un autre gars, super sympa, père de famille qui a ouvert un skateshop. Lui c'est le Asi Berlin shop japonais ! D'ailleurs il me dit que d'autres marques se montent au Japon en ce moment, et que le phénomène est en train de grossir là-bas. On a fait une collab d'ailleurs, super belle. Et au Japon quand ils ont vu mes collab avec Heroin skateboard ça a fait écho, comme dans le team Heroin il y a Gou Miyagi.


FBZ : Tu parlais de phénomène qui grossit, toi qui as connu toutes les vagues d'intérêt pour la discipline, tu dirais qu'on en est où mondialement à ce niveau ?

D.B : Je dirais que c'est le début de la démocratisation du phénomène. On est dans la décennie, comme pour le skateboard à une époque, par rapport au fingerboard, qui s'installe dans son histoire. Et le fait aussi que la discipline devienne de plus en plus tech, comme le skate. Là on sait qu'elle dure, mais il a fallu quelques vagues de mode pour que ça embarque de plus en plus de gens à chaque vague.


Le temps que le skill, que les plus adroits émergent en fait. Peut-être qu'en faisant du grand public, par exemple sur Gulli, on montre à des gens qui ne font pas de skateboard que le fingerskate existe. Et tu sais ce qu'on me dit en skateshop ? "On a vendu des skateboards complets à des gens qui ont commencé par assembler tes fingerboards".


FBZ : C'est clair que c'est marrant ce phénomène inversé. D'ailleurs tu as fait beaucoup de collabs avec des marques de skateboard non ?

D.B : Alors premières grosses collabs c'est Hantiz et 5Boro. Mais pour l'anecdote, Tech Deck qui était déjà en deal avec 5Boro, a dit gentiment à Steve (Rodriguez) d'arrêter avec nous. Il n’y a pas eu d'embrouille mais voilà. Bon malheureusement à l'époque moi j'avais pas les grosses épaules pour aligner beaucoup de royalities et pour essayer de conserver la marque. Mais bon il y en avait d'autres sous la main.


Après il y a eu Heroin, j'ai même fait Bacon Skateboards, une autre collab au Japon, Trap Skateboards... J'en ai fait plein, on a dépassé les 100 graphismes officiels, des marques, des artistes.



FBZ : Quoi de beau pour la suite avec Close Up ?

D.B : Je prépare 2/3 trucs pour consolider Close-Up, j'ai mes idées et j'ai même un produit là que je devrais sortir je t'avoue. Quand ça va sortir je serais bon. C'est un peu compliqué, le moulage etc, enfin voilà : à suivre ! On va être innovant, et rester dans le game.


Ça traine un peu, en fait je prends tellement le temps de consolider Close Up dans des shops, et mêmes dans des musées (NOTE : collabs à venir). Il va aussi y avoir quelques évolutions, ça a pris du retard avec mon opération (ligaments) et le virus. Il y a des belles heures à venir.


FBZ : Avant de finir cette ITW, je tiens vraiment à te remercier pour tout. D'abord pour ton travail, ce que tu as créé et apporté en plus de 25 ans d'activisme. Et aussi pour le soutien et la confiance que tu m'as témoignés dès le début de mon projet. C'est un honneur ! Le mot de la fin est pour toi, si tu as des bigup ou autres à passer n'hésite pas !

D.B : Big Up à toi Ronan pour cette chronologie de l'Histoire Fingerboard ! Merci à toute la culture "Skateboardistique" qui m'a motivé depuis 1990, Tricks Skatemag, Sugar Skatemag, 411 Video Mag, G. Powell, Prog.33 Traxs, Canal+, Gulli, Shifty et tous les skateshops partenaires depuis 2006 !


Sans oublier LA Famille ;)


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Turntable skatepark - 2007


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